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L'iconostase
de la paroisse Saint Jean Chrysostome à Bruxelles
Anne Marie Velu
1.
Présentation générale d'une iconostase
L'iconostase
est un des éléments les plus marquants d'une église orientale. Le
terme désigne une cloison constituée par un ensemble d'icônes.
Celle-ci ne doit pas être comprise comme une barrière, mais comme
une forme d'union entre la nef et le sanctuaire, entre les fidèles
et le monde céleste qui y est représenté. En effet, la succession
des icônes qui y sont placées forme une procession solennelle qui
récapitule l'histoire du salut, l'actualise et invite à la communion
avec l'Eglise céleste. Elle crée un face-à-face entre les saints et
nous qui les contemplons. La liturgie qui se déroule présente des
aspects d'une "pédagogie audio-visuelle" avant la lettre.

Dieu
lui-même a prescrit, dans l'Ancien Testament, cette mise à part du
Saint des Saints, dans la Tente au désert, dans le Temple de
Jérusalem. Dans la vie liturgique de l’Eglise d’aujourd’hui,
l’iconostase est mise au service de la communication entre le clergé
et les fidèles. En outre, elle permet de contempler le Christ à
l'endroit même où il se communique aux fidèles par la
proclamation de l'Evangile et par l'Eucharistie donnée en
nourriture. aux fidèles par la proclamation de l'Evangile
et par l'Eucharistie donnée en nourriture. L'icône
est le lieu de la présence et l'iconostase permet de visualiser
cette présence de Jésus et des saints.
L'iconostase s'est développée en Russie jusqu'à comporter cinq
registres d'icônes. Les deux rangées supérieures sont consacrées à
l'Eglise de l’Ancien Testament.
1ère rangée,
les Patriarches : les ancêtres d'Israël, les générations
depuis Adam jusqu'à Moïse, c'est-à-dire Noé, Abraham, Isaac,
Jacob... Au centre, l'icône de l'Hospitalité d'Abraham,
première révélation de la Trinité(Gn 18, 1-2).
2ème
rangée, les Prophètes
: les générations depuis Moïse jusqu'au
Christ, en passant par David, Salomon, Elie, Isaïe, Jean-Baptiste…,
qui annoncèrent l'Incarnation. Tous regardent vers le centre, où se
trouve l'icône de la Vierge du Signe,
prédite par les prophètes.
Remarquons
que ces deux rangées
correspondent aussi,
dans le calendrier liturgique byzantin, aux deux
derniers dimanches de l'Avent dédiés l'un aux Ancêtres du Seigneur,
l'autre à la Généalogie du Seigneur. Ainsi iconostase et liturgie
conduisent, en un même mouvement à l'Incarnation.
Les
rangées suivantes sont consacrées à l'Eglise du Nouveau Testament.
3ème
rangée, les 12 grandes fêtes de l'année liturgique
: le cycle montre
l'accomplissement des prophéties et synthétise les principaux
éléments de la foi d'un croyant. Autour de la Résurrection du
Christ, de gauche à droite :
- Nativité de la Mère de Dieu
-
Présentation de la Mère de Dieu au Temple
-
Annonciation
-
Nativité du Christ
-
Sainte Rencontre
-
Théophanie ou Baptême du Christ
-
Transfiguration
-
Entrée à Jérusalem
-
Ascension
-
Pentecôte
-
Dormition de la Mère de Dieu ou Assomption
-
Exaltation de la Croix
4ème
rangée, l'Eglise en prière : autour de la
Déisis ("demande", "intercession", "supplication instante" en
grec), qui représente la Mère de Dieu et Jean le Précurseur
intercédant pour nous auprès de Jésus; de part et d'autre, anges,
apôtres, évêques, moines et martyrs prient pour le monde.
5ème
rangée, l'Eglise locale : ainsi appelée
car une partie de cette rangée dépend du lieu où se trouve l'église
et des saints auxquels elle est consacrée. On y place
- les Quatre Evangélistes et l'Annonciation,
sur les Portes Royales
- le Christ donnant la communion aux Apôtres,
au-dessus des Portes Royales
- le Christ Pantocrator, à droite et la Mère
de Dieu, à gauche des Portes Royales
- les Saints archanges Michel et Gabriel, sur
les portes latérales
La
frontalité des icônes de cette cinquième rangée, les plus proches
des fidèles, invite le priant à enter en dialogue avec ceux qui y
sont représentés.
Toutes
les iconostases sont rarement aussi chargées que celle décrite ici.
Dans une église plus modeste ou de petites dimensions, on peut
ne trouver que les icônes du Christ et de la Mère de Dieu, appelées
icônes despotiques, certaines icônes de grandes fêtes, l'icône du
saint patron auquel elle est dédicacée et, au-dessus de la poutre ou
architrave, une croix. En outre, pour améliorer la
participation des fidèles au sacrifice qui est célébré, les
iconostases de construction récente sont ajourées et ne forment plus
une cloison hermétique.
2. L’iconostase de la paroisse Saint Jean Chrysostome, rue de l’Orient
41, 1040 Bruxelles.
L'iconostase
de la paroisse Saint Jean Chrysostome comporte, intégralement ou en
partie, trois des rangées classiques. Au sommet et au centre, la
Trinité de l'Ancien Testament, sous laquelle se déploie la rangée
des grandes fêtes de l'année liturgique, au nombre de douze. On y
reconnaît les fêtes de la vie du Christ encadrées par celles de la
Mère de Dieu, avec de légères différences par rapport à celles
présentées ci-dessus : absence des icônes de la Présentation de la
Mère de Dieu au Temple et de l'Exaltation de la Croix. Ce sont les
"perles des dogmes chrétiens" qui nous sont enseignées :
l'iconostase est la Parole pour les yeux, l'Ecriture fidèlement
transposée en images.
La
rangée suivante, celle de l'Eglise en prière, présente les douze
Apôtres : à gauche Simon,
Thomas,
Jacques d'Alphée, Jean, André, Pierre; à droite Paul, Jacques de
Zébédée, Bartolomé, Philippe, Matthieu, Thaddée. Tous sont orientés
en une même attitude et tendus en un même mouvement vers le centre
de la rangée où se trouve la Déisis.
Déisis
veut dire prière, supplication. Le thème est celui de
l'intercession pour le salut des hommes, adressée au Seigneur par la
Mère de Dieu se tenant à la droite du Christ et de saint Jean
Baptiste à Sa gauche. L'un et l'autre ont les bras levés vers le
ciel. Cette attitude rappelle un fait de l'Ancien Testament (Ex 17,
8-13) : arrivant dans la Terre Promise, le peuple hébreu doit
engager la bataille contre les troupes du roi Amalek, plus
nombreuses et plus puissantes; Moïse lève les bras vers le ciel,
tenant le bâton de Dieu à la main pour lui demander Son aide. Tant
qu'il a les bras levés, les Hébreux réussissent à dominer
l'adversaire; mais lorsque, fatigué - Moïse est déjà très âgé – il
baisse les bras, Amalek reprend le dessus. Alors Aaron et Hur qui
l'ont accompagné sur la montagne, décident de lui soutenir les bras
pour "qu'ils ne fléchissent plus jusqu'au coucher du soleil" et
Amalek est vaincu. Les bras levés vers le ciel, c'est le geste de la
prière qui est exaucée, la posture de l'orant(e).
Sur
cette attitude de la prière, de la supplication, cf. aussi le Ps 62,
4-5 :
Meilleur est ton amour que la vie, mes lèvres diront
ton éloge;
je veux te bénir en ma vie, à ton nom élever les mains.
(BJ)
Oui, ton chérissement est meilleur que la vie; mes
lèvres t'exaltent.
Ainsi je te bénis dans ma vie; en ton nom j'élève mes
paumes. (Chouraqui)
La
rangée inférieure vient compléter l'iconostase. Elle est, elle
aussi, dans la tradition de l'Eglise byzantine : au-dessus des
Portes Royales, le Christ donnant la communion aux Apôtres; sur les
Portes elles-mêmes, l'Annonciation et les quatre évangélistes avec
leur symbole, l'aigle pour Jean, l'homme pour Matthieu, le lion pour
Marc, le taureau pour Luc; de part et d'autre, en pied et de taille
imposante, le Christ et la Mère de Dieu Hodiguitria; à droite, saint
Jean Chrysostome, patron de la paroisse, reconnaissable à son front
bombé et dégarni, son habit d'évêque et sa courte barbe. Il tient un
cartouche déroulé. Il est l'auteur de la Divine Liturgie célébrée
dans cette église. A gauche et dans une position symétrique, saint
Basile le Grand, longue barbe pointue et cheveux courts sur le
front; la Divine Liturgie qui porte son nom est célébrée dix fois au
cours de l'année. Sur les portes latérales, les saints archanges
Gabriel et Michaël.
3.
Saint Jean Baptiste sur l'icône de la Déisis
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Attardons-nous à la figure de Jean-Baptiste. Dernier
prophète de l'Ancien Testament, il exhorte à la pénitence (Mt 3,
1-2; Mc 1, 1-8; Lc 3,2-18) et prêche la venue du Seigneur, d'où
son autre qualificatif de Jean le Précurseur. Mais il a lui-même
été annoncé par les prophéties de Malachie : Voici, j'envoie
mon messager. Il aplanira le chemin devant moi (Ml 3, 1) et
par celle d'Isaïe : Une voix crie dans le désert : préparez
le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers (Is 40, 3).
C'est pourquoi il est représenté avec des vêtements semblables à
ceux des prophètes ou des apôtres.
Cependant, même quand il est revêtu d'une tunique ou d'un
manteau, il est souvent habillé de peaux de bête, comme un
ascète et un ermite et tel qu'il est décrit par l'Evangile. Les
habits de peau, en effet, signifient l'homme déchu, retenu par
ses désirs et ses préoccupations terrestres, par le péché dont
seul le Sauveur pourra le délier. Selon la tradition, en effet,
Jean Baptiste s'isola très jeune dans le désert pour y mener une
vie vertueuse et pure. |
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Son rayonnement et son aspect ascétique exerçaient sur le peuple
juif une grande fascination. Il lui annonçait la venue du Seigneur
et l'exhortait à se repentir, à changer de dispositions afin d'être
capable de Le recevoir, de reconnaître Sa présence. C'est le sens de
la dure ascèse vécue par le Saint dans le désert et la raison pour
laquelle l'iconographie le présente souvent avec un visage sévère,
marqué par la souffrance, la chair émaciée, la peau burinée par le
soleil du désert, les cheveux ébouriffés. Son regard, soutenu,
questionne avec attention tout en reflétant la paix, la "douloureuse
joie".
Aux
Juifs qui lui demandaient "Qui es-tu?" il répondait par la parole
des prophètes : "une voix qui crie dans le désert…" Mais
voyant Jésus venir vers lui il témoignait auprès de ses disciples :
Voici l'agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde (Jn 1, 35).
Et comme ces mêmes disciples s'étonnaient que Jésus attire plus les
foules que leur maître, Jean-Baptiste appliquait à lui-même l'esprit
de conversion qu'il prêchait : Il faut qu'il grandisse et que moi
je décroisse (Jn 3, 30).
Sur
cette icône de la Déisis, plus que la sévérité de Jean, se reflète
sa proximité avec le Christ, qui l'a reconnu et salué dès le sein
maternel (cf. Lc 1, 39-56, la visite de Marie à Elisabeth). La
structure même de l'image indique comme centre idéal quelque chose
d'autre, renvoyant, avec le mouvement de la tête et des mains, à la
Présence divine que Jean contemple avec un regard pensif. De même la
clarté du vêtement, le bord doré du manteau indiquent que la lumière
provient de la gauche, c'est-à-dire de la figure du Christ.
Avec
la Mère de Dieu, il est en prière éternelle devant le Seigneur, vers
qui il est tourné. Son regard est dirigé vers l'invisible, mais ne
nous ignore pas : comme toute icône, celle-ci nous fait participer à
la scène, nous invite à nous joindre à lui et à nous faire ses
compagnons. Cet appel est renforcé par la procession des Apôtres qui
participent à ce mouvement d'intercession auprès du Christ.
Celui-ci, vêtu d'une tunique rouge resplendissante de hachures d'or,
est sur un trône; Il tient dans sa main gauche un livre où sont
inscrits les mots habituellement traduits par "Je suis la
lumière du monde" et Il bénit de la main droite. A Sa gauche, la
Mère de Dieu Toute Sainte, est vêtue du maphorion, long
voile brun foncé bordé d'or.
4.
La Mère de Dieu sur l'icône de la Déisis
 |
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Déisis veut dire
prière,
supplication. Le mot désigne un groupe iconographique
représentant le Christ entre Jean-Baptiste à sa gauche et la
Mère de Dieu à sa droite. Jean-Baptiste, le dernier prophète de
l'Ancien Testament, représente l'intercession de l'Ancienne
Alliance; la Mère du Sauveur représente celle de l'Eglise du
Nouveau Testament. En eux, l'on voit aussi l'archétype de
l'homme et de la femme. Remarquons qu'ils sont debout, dans
l'attitude des rachetés, de la vie nouvelle en Christ. Tous les
personnages se détachent sans ombre, sur un fond d'or qui
souligne la luminosité de leurs corps. L'or est présent partout
où s'exprime la participation à la vie de Dieu. Afin d'éviter
l'idolâtrie, et surtout pour donner à l'image toute sa dimension
spirituelle, son caractère sacrée, leur nom est tracé en lettres
grecques de couleur rouge au-dessus de chaque auréole. Le nom
donne à l'image son identité spirituelle, son caractère
personnel.
La Mère
de Dieu, en prière éternelle devant le Seigneur, est vêtue d'un
long manteau de couleur rouge-brun. Le rouge est le signe du
pouvoir, de la royauté. C'est aussi la couleur de la chair, du
sang humain avec lequel la Mère de Dieu a tissé la chair
terrestre du Christ. Les plis sont bordés d'or : cette
conception virginale a pu avoir lieu parce que la lumière divine
a pénétré dans la chair humaine de la Vierge, réalisant le
mystère de l'union de la lumière divine avec la chair terrestre
de l'homme. L'Incarnation du Fils est, comme le chante la
liturgie orientale, l'aurore de notre salut (tropaire de
l'Annonciation).La clarté du vêtement, le bord du manteau
indiquent que la lumière vient de la droite, c'est-à-dire de la
figure du Christ. |
Déisis veut dire
prière,
supplication. Le mot désigne un groupe iconographique représentant
le Christ entre Jean-Baptiste à sa gauche et la Mère de Dieu à sa
droite. Jean-Baptiste, le dernier prophète de l'Ancien Testament,
représente l'intercession de l'Ancienne Alliance; la Mère du Sauveur
représente celle de l'Eglise du Nouveau Testament. En eux, l'on voit
aussi l'archétype de l'homme et de la femme. Remarquons qu'ils sont
debout, dans l'attitude des rachetés, de la vie nouvelle en Christ.
Tous les personnages se détachent sans ombre, sur un fond d'or qui
souligne la luminosité de leurs corps. L'or est présent partout où
s'exprime la participation à la vie de Dieu. Afin d'éviter
l'idolâtrie, et surtout pour donner à l'image toute sa dimension
spirituelle, son caractère sacrée, leur nom est tracé en lettres
grecques de couleur rouge au-dessus de chaque auréole. Le nom donne
à l'image son identité spirituelle, son caractère personnel.
La Mère de
Dieu, en prière éternelle devant le Seigneur, est vêtue d'un long
manteau de couleur rouge-brun. Le rouge est le signe du pouvoir, de
la royauté. C'est aussi la couleur de la chair, du sang humain avec
lequel la Mère de Dieu a tissé la chair terrestre du Christ. Les
plis sont bordés d'or : cette conception virginale a pu avoir lieu
parce que la lumière divine a pénétré dans la chair humaine de la
Vierge, réalisant le mystère de l'union de la lumière divine avec la
chair terrestre de l'homme. L'Incarnation du Fils est, comme le
chante la liturgie orientale, l'aurore de notre salut (tropaire
de l'Annonciation). La clarté du vêtement, le bord du manteau
indiquent que la lumière vient de la droite, c'est-à-dire de la
figure du Christ.
Marie offre ses mains
suppliantes, ouvertes pour porter le monde dans sa prière. Tête et
buste inclinés, cette posture exprime la crainte respectueuse mais
aussi l'intensité de l'imploration confiante, de la solidarité avec
tous ses frères humains.
Le contraste entre
l'immobilité du corps et la vive expression du visage est
significatif. Plus le corps est immobile, plus fort et plus vif est
perçu le mouvement de l'esprit; le monde corporel en est devenu
l'enveloppe transparente. Le visage de Marie reflète la paix
surnaturelle. Sa luminosité intérieure est soulignée par des touches
de lumière qui lui confèrent une expression intense et méditative.
Son regard ne nous voit pas, humblement dirigé vers l'invisible,
vers un monde transcendant.
L'impression que l'on ressent est
que toute sa vie corporelle est comme arrêtée, dans l'attente d'une
réponse à sa supplication, à laquelle elle prête l'oreille. Dans cet
appel, en présence duquel, avec respect, toute chair se tait,
nous sommes invités à participer à la splendeur du divin et à
percevoir le divin dans l'homme et dans le monde.
La Mère de Dieu en prière
entourée des saints Apôtres est figure de l'Eglise, mère des
croyants. A travers sa personne, les fidèles accèdent à l'unité dans
le Christ, ainsi que l'exprime la prière de la litanie fréquemment
récitée dans la liturgie byzantine :
Faisant
mémoire de Notre Dame, la Toute Sainte, immaculée, bénie par-dessus
tout, glorieuse Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, ainsi que de
tous les saints, confions-nous nous-mêmes, confions-nous les uns les
autres, confions toute notre vie au Christ notre Dieu.
Lorsqu'il
s'adresse à la Mère de Dieu, déifiée par le Fils, l'homme peut
confier toute sa vie au Christ, qui accomplit en chacun de nous
l'œuvre de déification.
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