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Message de Pâques de
Sa Béatitude Gregorios III
Patriarche grec-melkite
catholique d’Antioche et de tout l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem
27 mars 2005
La Résurrection et
l’Eucharistie
Le Christ, nouvelle Pâque et
offrande vivante
Nous célébrons les fêtes de la Résurrection radieuse dans une
atmosphère politique très sombre dans le monde arabe. Cette région
est devenue, au cours des dernières semaines, la vedette quotidienne
des media, et c’est pour cela que nous avons un si grand
besoin de l’atmosphère de la fête de la joie et de la sérénité.
C’est cela qui nous pousse à nous adresser à nos Frères et à nos
enfants, à tous nos fidèles, mais aussi à tous nos concitoyens, en
leur disant des paroles de foi, d’espérance et de charité, en cette
fête de la Résurrection de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Le
Christ est la Pâque. Il est la Résurrection et la Vie. Il est le
Sacrifice vivant que nous recevons en ce jour de la glorieuse
Résurrection. C’est ainsi que s’exprime Saint Jean Bouche d’Or
(Chrysostome) dans le sermon de la fête de la Résurrection :
« Réjouissez-vous aujourd’hui ! Prenez tous part au festin de la
Foi ! Réjouissez-vous dans l’abondance de la miséricorde ».
L’Eucharistie est la Pâque continue, nouvelle et renouvelée. Le
Christ est le Sacrifice vivant que nous célébrons dans la Divine
Liturgie. De plus, l’Eucharistie est l’économie du salut entier, de
ce salut que le Christ a réalisé dans Sa vie sur cette terre, de
sorte que nous pouvons dire que l’Eucharistie réalise toutes les
étapes du salut, que cette économie nous rappelle successivement par
la fête de Noël, par la Théophanie et le Baptême dans le Jourdain,
par les enseignements et les miracles de Jésus et Ses paraboles. De
plus, elle représente à nos yeux la Passion du Christ, Sa
Crucifixion, Sa Mort vivifiante et Sa Résurrection le troisième
jour, Son Ascension aux cieux et Son second Avènement glorieux que
nous attendons.
C’est ce que nous répétons dans nos prières liturgiques, comme dans
la Liturgie de Saint-Basile : « Voici
consommé et accompli, autant qu’il est en notre pouvoir, ô Christ
notre Dieu, le mystère de Ton plan divin. Nous avons commémoré Ta
Passion, nous avons vu l’image de Ta Résurrection, nous avons été
remplis de Ta Vie sans fin, nous nous sommes délectés de Ton
inépuisable nourriture. Daigne nous rendre tous dignes d’en jouir
dans la vie future, par la grâce de Ton Père éternel et de Ton
Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et dans les
siècles des siècles. »
C’est
ce que nous disons aussi dans notre Office de la Bénédiction du
Saint-Sacrement, le jour de la Fête-Dieu, fête occidentale à
laquelle notre Eglise Grecque-Melkite Catholique a donné une
splendide tunique orientale :
« Le miracle des miracles est que
l’on voit Dieu fait chair.
« C’est encore plus miraculeux de Le
voir attaché sur la Croix.
« Le miracle qui contient tous les
autres, c’est de Le voir dans le Sacrement de l’Eucharistie.
« Jésus, Tu as laissé dans ce
Sacrement le souvenir de tous Tes miracles.
« Tu es un Dieu bon et
miséricordieux.
« Tu T’es donné Toi-même en
nourriture à Tes pieux fidèles, afin qu’ils se souviennent toujours
de Ton alliance,
« Et qu’ils se rappellent Ta Passion
et Ta Mort, jusqu’à Ton nouvel Avènement glorieux.
« Venons, fidèles, et recevons dans
la Sainte Communion notre nourriture et notre vie.
« Accueillons encore Notre Sauveur en
disant :
« Sauve, Seigneur, ceux qui vénèrent
avec foi Ta Présence glorieuse et vénérable. »
L’Eucharistie et la Résurrection sont une et même chose ; c’est le
Christ Jésus avec nous, qui écoute notre appel, comme Il a répondu à
celui des deux disciples d’Emmaüs : Reste avec nous, Seigneur, Toi
la Pâque éternelle, Toi le Sacrifice vivant !
Ainsi,
Jésus ressuscité nous accompagne dans le mystère de Son amour, de
l’Eucharistie, tout le long des chemins de notre vie, surtout au
moyen du Saint-Sacrement, et de tous les autres Sacrements qui,
autrefois, étaient normalement célébrés et administrés dans le cadre
de la Divine Liturgie. Le Christ vient à nous à travers les
Sacrements, notamment à travers l’Eucharistie, et nous Le recevons
en célébrant la fête de la Résurrection.
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En
effet, par le Baptême, nous revêtons le Christ et nous affirmons que
nous répondons à Son amour, nous affirmons notre foi en Lui et nous
Le recevons dans notre vie.
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Le
Christ ressuscité et Celui qui unit ceux qui contractent le
Sacrement du Mariage.
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C’est
le Christ ressuscité qui relève ceux qui sont tombés dans le péché
en leur donnant le pardon qui émane de Son Saint Sépulcre.
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C’est
le Christ ressuscité qui, par l’abondance de Son Saint Esprit,
guérit ceux qui étaient imparfaits et les remplit de la grâce du
saint Sacerdoce afin qu’ils nourrissent le peuple croyant en lui
distribuant le Pain de Vie qui le mène à la vie éternelle.
L’Eucharistie et la Résurrection sont liées : l’Eucharistie est le
Christ ressuscité d’entre les morts, qui triomphe du mal, du péché
et de la mort. L’Eucharistie est le lien de l’unité entre nos
familles, nos générations, nos éparchies et nos paroisses.
Nous
la célébrons avec piété et révérence, avec exactitude, ordre et
beauté, dans toutes les régions de notre Patriarcat, dans les pays
arabes et dans les pays d’émigration.
L’Eucharistie est le Christ vivant en nous, qui nous incite à la
solidarité entre nous pour combattre la pauvreté et continuer le
chantier de développement dans tous les secteurs de nos éparchies,
dans nos congrégations religieuses et dans nos œuvres de
bienfaisance.
L’Eucharistie est le Christ ressuscité, vivant, qui unit nos cœurs
et nous fait découvrir l’importance de notre rôle dans le service de
l’unité des chrétiens, et nous aide aussi à réaliser notre
responsabilité très spécifique dans le monde arabe, à majorité
musulmane, en tant qu’Eglise arabe, « Eglise des Arabes », « Eglise
de l’Islam », Eglise pour les musulmans, Eglise pour les autres,
Eglise pour tous, Eglise sans frontières.
C’est
le message du Christ ressuscité d’entre les morts et vivant parmi
nous dans la Sainte Eucharistie. Il nous adresse Son appel, qu’Il
avait auparavant formulé devant Ses apôtres après Sa Résurrection :
« Allez dans le monde entier et proclamez l’Evangile à toute la
création ! » (Marc 16,15).
Le
fait de découvrir notre mission à l’intérieur de notre Eglise, dans
notre paroisse, et en dehors d’elle, avec toutes les autres Eglises,
avec les musulmans et avec le monde entier, est le plus grand
tremplin qui nous donne courage. C’est une source de force pour
affronter ce que nous mentionnions au début de ce message : les
divers facteurs de désespoir, de frustration, d’isolement,
d’égoïsme, de tension, de manque de vision et d’horizons.
Le
Christ ressuscité d’entre les morts, qui détruit les ténèbres, la
passion, les souffrances, la haine, le mépris, l’animosité, la
vengeance, le péché, est Celui que nous recevons dans l’Eucharistie,
qui est le mystère de la communauté de foi. Il est Celui qui, dans
le Sacrement de la Sainte Communion, nous pousse à nous engager dans
notre société, dans la vie économique, culturelle, sociale,
politique et nationale. En effet, les croyants sont ceux qui, le
mieux, servent leur patrie avec fidélité, avec zèle, avec
désintéressement, avec succès et avec souci du progrès. C’est à tout
cela que nous appelons nos bien-aimés Frères les Evêques, et nos
fils les prêtres, les diacres, les religieux, ainsi que les
religieuses et tous les fidèles.
Saint
Jean Bouche d’Or disait des chrétiens qui sortaient de l’église
après la célébration de la Divine Liturgie qu’ils avaient la force
des lions : « Les Chrétiens, après avoir célébré l’Eucharistie, ont
une force remarquable, car ils sont nourris de la Sainte
Eucharistie, qui est le pain des forts. » Ils se dévouent, et
mettent toutes les forces et le charisme qu’ils ont puisés dans la
Sainte Communion et reçus du Christ ressuscité, au service de leur
société et de leur patrie afin de construire ensemble un monde
nouveau, un monde de dialogue des civilisations et des cultures, le
monde de la culture de Dieu, de la civilisation de l’amour dans la
terre des hommes.
Se
présenter souvent, avec de bonnes dispositions, au Sacrement de la
Sainte Communion, c’est faire œuvrer en nous tous les Sacrements que
nous avons reçus dans les différentes étapes de notre vie. Ainsi,
Dieu transforme la misère de notre corps et nous fait croître dans
la vie spirituelle, et Sa vie croît en nous. Nous pouvons alors
donner des fruits abondants, qui sont les fruits de la vie qui
travaille en nous, qui opère en nous par la foi, l’espérance et la
charité, les bonnes oeuvres et les divers services que le Christ
fait fleurir en nous, car c’est Lui qui vit en nous, et non pas nous
en Lui. Comme dit Saint Paul : « Je vis, mais ce n’est pas moi qui
vis, c’est le Christ qui vit en moi. Et si je vis dans la chair, j’y
vis dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi
» (Galates 2, 21-22).
La
fête de la Résurrection n’est pas pour nous seuls. Nous demandons
que cette fête soit une résurrection pour nos patries, pour nos
peuples, pour tous nos frères dans les pays arabes, surtout en
Palestine et en Irak, et spécialement pour tous les enfants de l’Eglise
Grecque-Melkite Catholique dans le monde entier.
Nous
disons au Christ : Reste avec nous. Nous Lui demandons de rester
avec ce monde, dans ce monde qui a tellement besoin de Sa présence,
la présence de l’amour, du bien et de la bénédiction.
Avec foi, espérance et charité, nous
répétons le cri de cette grande fête :
Le Christ est ressuscité ! Il est
vraiment ressuscité !
+ Gregorios III
Patriarche d’Antioche et de tout
l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem
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